Le dur apprentissage

ononn

Enfin arrive le jour où je décide de me lancer ! L'idée n’a pas jailli ainsi par un beau matin mais a cheminé longuement... A force de piocher la question en tout sens pour les autres vient forcément le moment où l'on souhaite piocher concrètement pour soit...

La principale difficulté pour tout trufficulteur débutant est de trouver le terrain adéquat et quand il l’a trouvé, de parvenir à l’acquérir !

 Quand, comme moi à l’époque, on ne possède rien, c'est un véritable parcours du combattant !  En matière de terrain agricole, la législation est en effet faite sur mesure…pour le monde agricole. Ce qui peut paraître logique et normal quand il s’agit de préserver de grandes parcelles de cultures contre la pression immobilière, devient absurde quand ce sont des champs de ronces ou de pierres de surfaces dérisoires qui sont concernés. Or, en trufficulture, les terrains sur lesquels nous jetons notre dévolu sont toujours du dernier type. Cela n’empêche pas certains amis agriculteurs de considérer que la terre doit rester aux agriculteurs et de bénéficier du système pour parvenir à faire respecter ce principe. Mais peut-être ai-je eu la malchance d’avoir affaire à des agriculteurs « difficiles » ? L’avenir me permettra-t-il de collaborer avec d’autres plus compréhensifs ? C’est la question que je me suis posée.

Me voilà donc impatient de me lancer mais il m’est difficile de trouver la parcelle apte à recevoir mes premiers plants mychorizés « melano », j’opte donc pour une plantation de « bourgogne » sur une des parcelles de bois que je possède. Les données sur les plantations de Bourgogne étant cependant peu nombreuses, je décide de tenter l’aventure sur une parcelle d’épicéas à terrain calcaire. Les environs proches regorgeant de bourgogne « sauvages » je me dis qu’en préparant bien le terrain, le pari peut être gagnant.

Dans un premier temps, il convient d’exploiter les résineux ce qui est fait rapidement. Reste ensuite à régler le gros du problème : se débarrasser des souches et des racines. J’opte pour le passage d’un broyeur enfouisseur et le travail obtenu après le passage de l’engin est assez convaincant. La terre a été remuée sur 20cm de profondeur et je me trouve face à un terrain propre et labouré. Reste alors à éliminer les racines et les copeaux de bois, un travail qui ne peut se faire qu’à la main. Après quelques heures à manier pioche et râteau, je considère la parcelle suffisamment propre pour la planter.

 Le choix des plants est vite fait : charme et noisetier car ce sont toutes deux essences locales sous lesquelles on trouve naturellement de la Bourgogne, pins noir d’Autriche car les informations reçues de Bourgogne me laissent penser que l’essence est bonne productrice, et chêne pubescent, j’ai oublié aujourd’hui pourquoi, mais ça n’a certainement pas été  le meilleur choix. La plantation est réalisée en  2006 à un espacement de 7m par 3m, les alentours boisés donnant déjà un bon ombrage sur la parcelle. Je paille les plants avec un film plastique avant d’ensemencer en graminées.

Malgré la mise en place de protections contre le gibier (la parcelle se trouvant en plein bois), j’ai connu, je crois, à peu près tous les dommages auxquels peut être confrontée la plantation d’un trufficulteur.

D’abord les lièvres (en plein bois !) m’ont « taillé » les noisetiers puis les chevreuils sont parvenus à lever les protections pour frotter les pins, et enfin les campagnoles m’ont aussi croqué quelques plants… A chaque fois, j’ai remplacé les arbres, changé ou solidifié les protections, toujours plein d’optimisme, jusqu’au jour où j’ai eu affaire aux sangliers !

Quand je suis arrivé ce matin là dans la parcelle, les bras  « m’en sont tombés ». Les "gorets" avaient labouré toute la parcelle à la recherche de vers,  bousculant les plants par ici, les recouvrant de terre par là.

 Face à l’ampleur de la catastrophe, j’ai eu ce jour là envie d’abandonner et de tout envoyer au diable, me disant que je m’échinais à faire pousser des arbres qui ne donneraient jamais une truffe dans des conditions si peu propices. Rien de pire que le doute dans la tête du trufficulteur…

Et puis le lendemain, le soleil brille, je prends mon courage et le rateau à deux mains et j’aplanis du mieux possible le terrain. On n’imagine pas à quel point il est difficile de remettre la « moquette » en place quand les sangliers ont passé le groin dessous et l’ont poussée au fond de la pièce. Après une journée de rateau, ma parcelle retrouve un aspect satisfaisant à mes yeux. Pour ne pas avoir à recommencer ce petit jeu et pour expliquer aux sangliers d’aller voir ailleurs, j’installe le soir même une clôture électrique. C’est un choix que je ne regrette pas car depuis, je suis tranquille. Les plants ont profité, l’herbe (semée hélas un peu trop dense) est en place et tondue régulièrement. Bref, ça commence à ressembler à quelque chose ! Il ne reste plus qu’à attendre l’entrée en production où là apparaîtront d’autres soucis…

Avec cette expérience en poche, il faut maintenant m’attaquer à une plantation de « melano », d’autant qu’après deux années de discussions sans fin, je viens enfin de parvenir à acquérir une parcelle de pré de 8000m2 que l’exploitant m’autorise à planter sur 2000m2.

Maintenant propriétaire d’une parcelle apte à produire dame mélano, je dois donc réfléchir à ce que je vais faire de cette parcelle, en corrigeant mes erreurs commises auparavant, bref, en langage professionnel : définir le bon itinéraire technique.

De mes lectures, discussions, visites et expériences passées, je suis convaincu d’une évidence : pour faire des truffes, il faut dans un premier temps faire un arbre...

 Faire pousser des arbres n’a pas de secret pour moi, ceci dit en toute modestie bien sur…

J’ai remarqué qu’un plant reprend d’autant plus facilement et pousse d’autant plus vite qu’il est jeune et installé dans un terrain travaillé. Ceci est particulièrement évident pour le peuplier. Un plançon de peuplier (grande bouture sans racine) d’1 ou 2 ans planté sur un terrain labouré reprend sans problème dans 99% des cas et pousse de façon spectaculaire dès la première année. Le même sujet planté à la barre à mine dans un terrain non travaillé aura beaucoup plus de difficulté, s’il parvient à survivre…

Le plant mycorhizé est avant tout un plant d’arbre !

Avant de penser aux truffes, il faut donc penser à l’arbre et tout mettre en œuvre pour que le plant devienne rapidement un sujet vigoureux.

Il me faut donc de jeunes plants de deux ans maximum et surtout travailler le sol. La question se pose maintenant de savoir si je laboure l’ensemble de la zone à planter comme je l’ai fait pour ma plantation de Bourgogne ou si je travaille le sol à l’endroit où les plants seront installés. Afin de ne pas trop modifier le milieu et disposant d’une prairie en place plutôt aérée, j’opte rapidement pour un travail du sol localisé ce qui m’évite également les problèmes du réensemencement. Il faut ouvrir des trous à la pelle mécanique et surtout ne pas mettre la terre sur le côté comme je l’ai déjà vu mais bien la rejeter dans le trou. Mon « nez » me dit qu’il faut surtout se cantonner à travailler l’horizon de surface et de pas remonter les pierres du sous sol, bref, un travail de 20 à 30cm de profondeur selon les trous. Les 50 trous sont ouverts en 3 heures.

Un premier décapage pour enlever l’herbe de surface puis le godet est enfoncé à 20 ou 30 cm avant de charger la terre et la rejeter dans le trou. Il convient alors de retirer les pierres les plus grosses ainsi que les racines et de ratisser le tout (le rateau ça me connaît) pour aplanir la surface travaillée.

Arrive ensuite le moment de choisir les plants : mon choix est rapide : noisetier pour avoir des truffes rapidement (depuis le temps que j’attends…), chêne vert car la station est sèche et chaude en été et chêne pubescent, la valeur sûre en melano. Je mets donc les plants en place un jour de mars après une bonne pluie. Je les protége là aussi contre le gibier en espérant ne pas connaître les mêmes déboires qu’avec les bourgognes et je décide de ne pas pailler, le paillage étant sans aucun doute responsable de la visite des sangliers dans la plantation de Bourgogne (on tire enseignement de ses erreurs !). Disposant d’une source à proximité, j’arrose 3 fois la première année, l’eau étant indispensable au début pour permettre aux plants de bien s’installer dans leur milieu.

 

A suivre…

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