Ma rencontre avec Dame truffe

La rencontre d'un béret en pantoufles...  

Ma première rencontre avec dame truffe est tout aussi cocasse que mémorable.... L'histoire remonte à la fin des années 1980, 1988 plus exactement. Alors technicien forestier au service des particuliers, je me rends du côté de Saint-Bois chez un agriculteur retraité qui souhaite me voir pour obtenir des renseignements sur un projet de plantation de noyers. Je trouve là un "ancien" à la mine fort sympathique, pantoufles aux pieds et bérêt vissé sur la tête. En prenant le café qu'il m'offre, mon regard est attiré par un bocal posé sur le réfrigérateur. L'"ancien" s'en rend compte, saisit l'objet de ma curiosité, dévisse doucement le couvercle et pose le bocal sur la table. Une odeur que je ne connais pas envahit la pièce, odeur prenante mais agréable... Je me penche donc sur le bocal pour découvrir ce qui semble ressembler à des truffes ou tout du moins à ce que j'en ai vu dans mes manuels d'apprenti forestier. Mais que diable font ces étranges champignons du Périgord au fin fond du Bugey ? Je ne peux m'empêcher de questionner l'"ancien" qui m'explique que j'ai bien là devant moi des truffes, mais qu'elles n'ont de Périgord que le nom puisqu'il les a "cueillies" le matin même à quelques mètres de sa maison. Il y a donc des truffes en Bugey, j'en ai la preuve sous les yeux !

De drôles de galles...

La deuxième expérience heureuse en la matière se produit quelques mois plus tard du côté de Saint Rambert en Bugey.

Un entrepreneur de travaux publics m'appelle pour me faire part d'une curieuse découverte. En grattant un talus à l'entrée de sa forêt avec sa pelle mécanique, il a mis à jour des "drôles de galles" et s'inquiète de l'incidence néfaste que peuvent avoir ces parasites sur ses arbres. J'arrive sur place par une belle journée de décembre et l'ami "Lolo" du haut de sa pelle pointe du doigt l'endroit où il a découvert les "drôles de galles". Il ne me faut que quelques secondes pour identifier le "mal". Il s'agit en fait de belles truffes dont certaines ont roulé jusqu'au pied du talus. En quelques secondes les spécimens de toutes tailles sont consciencieusement ramassés et le kilo est atteint ! L'ami Lolo, bugiste de coeur et d'âme, heureux d'apprendre que son terrain regorge surement de diamant noir, me propose alors de manger sans plus attendre cette récolte inespérée... J'ai beau lui dire qu'un kilo de truffes à 2 sera peut être indigeste, il ne m'entend pas et part chercher le nécessaire pour préparer le "ramequin".  Je dois reconnaître que ce ramequin a fière allure malgré une couleur proche du noir. Avant de tremper mon pain, je m'interroge sur le goût que va avoir cette fondue, le ramequin étant un fromage de caractère. Le kilo de truffes aura-t-il raison de la puissance du fromage ou le fromage inhibera-t-il l'enivrant parfum des truffes... Force est de reconnaitre que le mariage est un succès!

Ma première dégustation de truffes est donc une totale réussite avec elle eut pour cadre un grangeon bugiste ensoleillé et c'est la première et dernière fois (à ce jour) que j'ai mangé un ramequin aux truffes ! Il y a donc bien des truffes en Bugey et elles sont fameuses!

3 kilos de truffes pourries...

La troisième et dernière rencontre ou plutôt mésaventure marquante avec dame truffe à mes débuts se déroula cette fois au bureau...

Un lundi matin, un de mes "clients" me rend visite l'air bien embarrassé. Il tient à la main un sac en plastique visiblement assez lourd et le dépose sur mon bureau.

"J'ai besoin de tes lumières", me dit-il, "hier en ramassant les feuilles autour d'un des chênes de mon parc, j'ai trouvé ça !" et il désigne du doigt le sac plastique. "Je me demande ce que c'est et comment ça a pu arriver là. En tout cas, ça pue mais j'aimerais bien savoir à quoi j'ai affaire avant d'aller y jeter au remblai ! "

Je plonge alors la main dans le sac et en sors une truffe de belle taille mais pleine de vers. Je comprends alors que le sac est rempli de truffes hélas totalement pourries. 3 kilos, peut être plus de truffes pourries bonjour l'odeur ! J'explique à mon trufficulteur malchanceux qu'il s'agit donc de truffes et qu'elles ont certainement poussées en surface ce qui explique leur triste état et le fait qu'il les ait ramassées avec un râteau à feuilles. Quitte à les jeter, je lui conseille de les répartir au pied de l'arbre où il les a trouvées. Je sais que, depuis cette année là, il récolte régulièrement de belles truffes au pied de ce même arbre. Force m'est de constater là encore qu'il y a bien des truffes en Bugey et pas forcément en petite quantité !

Cette dernière mésaventure me fait prendre conscience que ce champignon m'intrigue et je décide alors de lui consacrer du temps pour essayer de mieux le connaitre...  

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